Les travers
du sport

Attention : ceci est un témoignage fictif, inspiré d’une compilation de fait réels, pouvant heurter la sensibilité du lecteur.

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite.

 

Depuis petit, mon expérience avec le sport a toujours été difficile. J’en garde désormais les traces. Tout a commencé quand j’ai été diagnostiqué très tôt avec des troubles de l’attention.

Je bougeais beaucoup et je causais pas mal de problème à l’école. Les services sociaux sont venus pour voir si tout allait bien et ça a causé beaucoup de tort à mes parents, qui étaient déjà dans une situation difficile. Une dame a été assignée à ma famille, et c’est elle qui a conseillé à mes parents que je me défoule pour être moins hyperactif. Elle avait l’habitude des enfants agités hyper-actifs : c’était soit ça, soit le psychologue. Le choix a été vite fait pour mes parents.

Mon père m’a donc inscrit à des cours de natation dans un club de Grigny Centre, alors que je ne savais pas du tout nager. Nous n’étions qu’un groupe de garçons tout frêles, pour vous dire, on était la catégorie “crevettes”. Le coach, M. Penod, était très sévère avec nous, même si nous n’avions que sept ans, il n’avait aucune pitié. Je me rappelle avoir été forcé de plonger dans le grand bain peu de temps après les premiers exercices, alors que je ne savais même pas retenir ma respiration sous l’eau. J’ai failli me noyer trois fois en un après-midi. Le coach me repoussait dans le bassin avec la perche quand j’essayais de me raccrocher aux bords, et il refusait de me faire remonter, alors que je me débattais en pleurs dans le bassin. Il était très sévère et me faisait très peur, donc je n’en ai jamais parlé directement à mes parents. J’avais des petits bleus apparents avec la perche, mais mon père ne s’est pas inquiété plus que ça lorsqu’il venait me chercher.

Avec le temps, j’ai malgré moi commencé à prendre plus d’aisance dans l’eau et j’ai pu évoluer au rang de « dauphin » à l’âge de treize ans, la catégorie la plus performante du bassin. Mes parents étaient fiers de moi et quand le coach leur a dit que je pourrais me qualifier pour la compétition régionale, ma mère avait des étoiles aux yeux. C’était la première fois que je la voyais ainsi. Après ça, M. Penod m’a fait une recommandation pour un club à Évry, avec un bassin aux dimensions olympiques, c’est la première fois que j’en voyais un aussi grand. J’étais excité quelque part de pouvoir me hisser au rang des grands, mais j’ai aussi eu beaucoup d’appréhension. Certes, M. Penod avait été très dur avec moi, mais je commençais à savoir comment il fonctionnait et j’avais de moins en moins de représailles de sa part.

Là, je me suis retrouvé d’un coup avec des garçons plus âgés que moi et un nouveau coach au visage fermé. Les premières semaines, je me suis senti très seul. Les garçons se moquaient de moi  dans les vestiaires, à cause de ma petite taille et de ma faible musculature. Je n’étais pas vraiment un bagarreur, et à vrai dire j’étais plutôt terrifié donc j’ai préféré faire profil bas. Dans le bassin, mes performances semblaient très inférieures à celle que j’avais dans mon ancien club. Tous les autres nageaient avec grâce et avec une rapidité incroyable. Le coach m’a dit qu’il serait préférable de prendre des cours en plus dans la semaine, si je voulais m’améliorer rapidement. C’est donc ce que j’ai fait, parce que je voulais absolument réussir. Ainsi, pratiquement tous les jours après le collège, je prenais le RER D pour aller au club, de Grigny jusqu’à Évry-Courcouronne.

Ces sessions du soir étaient en groupe plus réduit et il avait un garçon en particulier, Antonin, que je n’avais jamais vu avant. Il était très grand, et semblait être bienveillant comparé aux autres garçons du club. Il avait dix-sept ans et pour moi, c’était comme avoir un grand frère. Il a été à mes côtés, et me suis tout de suite senti plus à l’aise en me sachant accompagné. Petit à petit, j’ai repris confiance en mes performances : mes laps et ma technique étaient bien meilleurs qu’avant, le coach a même félicité ma mère au téléphone lorsque j’ai eu ma première médaille.

"[...] je ne pensais pas qu’ils me feraient du mal."

L’été approchait et c’était bientôt la saison des compétitions régionales et les cours de natation étaient moins réguliers à l’approche de l’été. J’étais un peu stressé, je ne me sentais pas assez entraîné. Antonin n’habitait pas loin de Grigny et il m’a proposé de s’entraîner avec lui à un bassin qu’il ne connaissait pas loin de la gare. J’ai tout de suite dit oui parce que ça m’épargnait de prendre le RER, et c’était plus simple pour venir juste après les cours. En plus, il connaissait quelques gars, il a dit qu’on s’amusera mieux qu’au club. On a commencé à avoir cette habitude de venir au club après les cours, mais je n’étais pas très à l’aise au début quand il y avait ses potes. Ils avaient 19-20 ans et ils étaient peu pudiques… Dans les vestiaires, ils me disaient qu’il ne fallait pas avoir honte de tout ça, et qu’il fallait que je me décoince. Et puis, un soir, Antonin n’était pas là. Je n’avais pas encore de téléphone à cet âge-là et il n’y avait que ses potes.

D’après eux, Antonin était malade ce jour-là. J’étais encore un peu timide, mais après, je ne pensais pas qu’ils me feraient du mal. On a donc commencé à faire nos laps ensemble et en rentrant aux vestiaires, il n’y avait déjà plus personne. Je me suis retrouvé seul avec eux. Ils m’ont dit qu’ils voulaient jouer à un jeu de “grands” et que si je participais, je ferais moi aussi partie des grands, sans trop m’expliquer en quoi cela consistait. J’ai fini par accepté, non sans mal. Non, pas parce que j’avais une certaine fierté, mais plus parce que je me sentais forcé de participer… Ils m’avaient barré la porte du vestiaire en rigolant. Le jeu a commencé, ils ont lancé des gages, de plus en plus sexuellement suggestifs devant moi, et j’étais tétanisé.

Je ne comprenais pas ce qu’il se passait.

Et puis, mon tour est venu.

J’ai dit que je voulais partir, mais ils m’ont à nouveau barré la porte du vestiaire et un d’entre eux m’a pris par les bras pour m’empêcher de me débattre. Ça s’est déroulé en moins de 15 minutes, mais cela a été les plus longues minutes de ma vie. Quand ils eu fini avec moi, l’un d’eux m’a pris dans la douche et s’est assuré que je n’avais plus rien.

Après ça, je ne suis jamais retourné dans ce bassin. Je n’ai rien dit à mes parents parce que j’avais honte. Je suis tout même retourné au club pour me préparer à la compétition, mais je ne nageais pas aussi bien qu’avant. Antonin a vu que je l’évitais et vu que je refusais de lui dire quoique ce soit, il a finir par se distancer de moi. Ça s’est vu et j’ai été disqualifié pour faire partie du groupe de compétition. Mes parents étaient très déçus, surtout ma mère. Je me suis senti extrêmement mal après ça, mais j’ai continué à m’entraîner l’année suivante pour retenter ma chance.

Un an était passé, mais je ressentais encore cette douleur au fond de moi-même, que je n’arrivais pas à faire partir. À l’approche des sessions de compétitions, j’ai surpris certains garçons du groupe ingérer des cachets avant de rentrer dans le bassin. C’étaient les plus performants du groupe et ils avaient une excellente endurance. Je me suis mis à penser à ma mère, que je voulais rendre fier, mais aussi à ce truc qui me mangeait de l’intérieur. Alors quelques jours après, j’ai approché discrètement l’un des garçons, Sarod, que j’ai surpris l’autre jour pour lui demander s’il pouvait m’en passer quelques-uns. Il fut vraiment méfiant au début, mais peu à peu, il a commencé à m’en partager quelques-uns. Avec ces cachets, je ne sentais plus la douleur, et ma force semblait avoir décuplé mes temps de chronos, et ces chiffres arrivaient à me faire oublier peu à peu le viol que j’ai subi.

Mon coach m’a qualifié pour rentrer en compétition régionale, chose qui a rendu ma mère folle de joie. Sarod faisait lui aussi partie de la compétition, mais c’est là où il m’a dit qu’il faudrait payer pour avoir les pilules. Je n’avais que très peu de sous, donc j’ai commencé à voler les autres à l’école pour payer Sarod. Je ne sais plus ce que je faisais, j’étais complétement obsédé à l’idée de gagner cette compétition.

J’ai finalement remporté la médaille d’argent de champion junior d’Essonne nage libre sur 100 mètres, et mes parents ont célébré à grands coups ma réussite. Je suis revenu gagnant au club, même si je n’étais pas arrivé en première place, car j’étais le seul parmi tous les garçons à avoir rapporté une médaille. Je me sentais enfin intégré et respecté aux autres. C’est la première fois dans ma jeune vie d’adolescent que je me sentais comme ça.

Mais aujourd’hui, tout ça m’a rattrapé.

J’ai dû quitter la compétition à mes 18 ans après avoir été testé positif pour le dopage, m’excluant pour de bon dans le milieu sportif. Ma santé mentale, elle, m’a empêchée d’avancer sainement dans ma vie intime et c’est pour cela que j’ai accepté aujourd’hui de me faire aider et de témoigner. Je sais que je ne suis pas le seul, ni même le dernier à être passé par là et subis ce que je sais que d’autres succombent au profit de la réussite.

Ne fermons pas les yeux, ni ne banalisons ce qui se passe dans l’ombre, et rappelons-nous pourquoi le sport existe avant tout : pour son propre bien-être, physique et mental.

Si vous êtes victime ou témoin de violences sexuelles, des personnes peuvent vous aider au 39 19 ou en vous rendant sur la page suivante :  https://arretonslesviolences.gouv.fr/besoin-d-aide/violences-sexuelles 

Si vous, ou un de vos proches, souffre de dépendance liée à l’usage de drogues, contactez le numéro suivant : 0 800 23 13 13.

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