Toutes Musclées
« Toutes musclées » est une série documentaire diffusée en 2023 sur ARTE produite par Camille Juza, réalisatrice de documentaires spécialisée en histoire politique et culturelle qui décrypte la place des femmes dans l’univers du sport.
Le documentaire s’intéresse à la fois aux sportives de haut niveau, qui doivent souvent lutter contre les préjugés, et aux femmes qui pratiquent le sport de loisir, qui sont souvent confrontées à des injonctions esthétiques.
La série documentaire proposée par la chaîne franco-allemande met en lumière les multiples facettes de la pratique sportive féminine. Il montre que le muscle féminin est un sujet complexe, qui renvoie à des enjeux sociaux et culturels.
“En fait l’histoire des sportives c’est l’histoire d’un combat permanent.” Voilà les mots que prononcent l’historienne Cécile Ottogalli-Mazzacavallo et qui présentent assez bien le sujet ici abordé. Nous serons tous d’accord là-dessus, le sport masculin est bien plus présent que celui pratiqué par les femmes. Néanmoins il existe mais il souffre d’un manque important de visibilité et de considération, aujourd’hui encore. Pourtant, bien que les institutions sportives aient été faites pour et par des hommes, les femmes tentent de se faire une place dans cet univers depuis le 19ème siècle mais c’est seulement depuis le 21ème siècle qu’elles ont le droit de concourir à haut niveau toutes disciplines confondues. Comme on le sait bien, la place de la femme dans le monde sportif va de paire avec les diktats, comme celui du culte du corps féminin qui doit être en forme mais pas trop musclé.
Un corps qui dérange
Tévi Say, pionnière du MMA en France
Le muscle féminin est souvent associé à la masculinité, ce qui peut entraîner des discriminations et des préjugés. Ça a notamment été le cas de Tévi Say, pionnière du MMA Français ou bien Khoudiedji Sidibé, athlète professionnelle qui témoignent des difficultés qu’elles ont pu rencontrer dans leur carrière en raison de leur musculature souvent considérée comme “trop masculines et “pas assez féminines”
Une pression esthétique
Les femmes qui pratiquent le sport de loisir sont également confrontées à des injonctions esthétiques. En effet, elles sont souvent encouragées à se muscler pour avoir un corps plus « en forme », mais parallèlement à cela elles doivent faire attention à ne pas trop se muscler, au risque d’être jugées comme « pas féminines », ce que l’historienne Cécile Ottogalli-Mazzacavallo dénonce : “Ce qui est vraiment terrible pour les sportives c’est qu’à la fois on leur demande d’être performantes et de développer des ressources physiques pour pouvoir être performante et en même temps on leur dit “oui mais attention, reste féminine” et pour rester féminine ça veut dire ne pas développer ce muscle, cette masse musculaire. Donc là il y a une espèce de contradiction complètement schizophrénique.” (injonctions contradictoires)
Des représentations stéréotypées
Joueuses de l'équipe norvégienne de beach handball
Les représentations du muscle féminin dans les médias et la culture populaire sont bien trop souvent stéréotypées et sexualisées. Les femmes musclées sont souvent représentées comme des « amazones » ou des « super-héroïnes », ce qui renforce les idées reçues sur la masculinité du muscle féminin. En ce qui concerne le domaine sportif, les femmes portent très souvent des uniformes qui ne sont pas pratiques et qui, en plus, jouent dans la sexualisation de leur corps. Il y a quelques années, l’équipe norvégienne de beach handball s’est vue recevoir une amende de 1 500€ pour avoir revêtu un short, qu’elles jugeaient moins dégradant et plus confortable”, plutôt qu’un bikini au cours de leur dernier match de l’Euro face à l’Espagne. Le problème ici est donc bien la nécessité de faire valoir un corps féminin plus qu’une performance sportive.
Des inégalités persistantes
Les inégalités persistent dans le sport de haut niveau, notamment en matière de rémunération et de médiatisation. En effet, les sportives féminines sont souvent moins bien rémunérées que les hommes et les compétitions auxquelles elles participent sont bien moins médiatisées et pour cause, le documentaire nous apprend qu’en Europe les médias sportifs consacrent seulement 15% de leurs sujets aux femmes.
Bien que la sociologue et autrice Béatrice Barbusse se dise “profondément optimiste” à propos du “déféminisme sportif”, “Toutes Musclées” soulève de nombreuses questions, dont certaines sont encore sans réponse comme la question de Comment lutter contre les injonctions esthétiques qui pèsent sur les femmes qui pratiquent le sport ou bien encore Comment promouvoir une représentation plus juste et plus diversifiée du muscle féminin dans les médias et la culture populaire ?
Ces questions sont essentielles pour parvenir à une société plus inclusive, où les femmes peuvent s’épanouir dans le sport, quelle que soit leur musculature.